jeudi 21 avril 2022

Château Mokrani : Entre mythe et réalité

On associe souvent la ville de Bordj Bou Arréridj au nom de Mokrani. Il y a même un monument qui lui est dédié et que les bordjiens appellent le château de Mokrani. 


Des légendes sont construites autour du monument et du personnage.Les visiteurs, chauffés par la légende, s’imaginent que l’ancien bachagha, devenu révolutionnaire, aurait mené une vie paisible dans le château qui contient plusieurs pavillons en plus des tours qui étaient occupés par ses gardes. Comme le fameux château est situé au centre de la ville de Bordj Bou Arréridj, les habitants poussaient l’imagination jusqu’à deviner le patron de la cité, veiller sur ses sujets. C’est vrai que la bâtisse domine les rues actuelles de la capitale des Bibans.

En contrebas de celle-ci, il y a les administrations qui n’existaient pas bien sûr à l’époque. Mais le marché quotidien, les passants et la mosquée donnent l’idée d’une vie certaine sous le regard du maitre de la cité. En fait, il n’en est rien. Non seulement toutes ces activités sont nouvelles, du marché à la mosquée, mais il n’y avait même pas de maître, selon les historiens qui assurent que Hadj Mokrani n’a jamais habité dans le château qui porte son nom. Pire, il n’a jamais mis les pieds là-bas.

Le seul rapport qu’il a eu avec le lieu, est qu’il l’a encerclé pendant plusieurs jours durant la révolution qu’il a menée en 1871 avant de rebrousser chemin. Il n’a pas pu avoir raison de la vigilance des soldats français même si l’attaque qu’il a tentée a montré le courage, la force et la détermination du révolutionnaire qui a pu entrer dans une ville acquise par les colonisateurs. C’est que la bâtisse n’a jamais été un château au sens propre.

L’ancien fort, construit par les turcs et aménagé par les français, abritait surtout des soldats. C’est vrai qu’il était entouré d’un jardin, mais il n’était pas accessible à la population, encore moins aux familles.
C’est après l’indépendance que cette population se l’est approprié. Les habitants commençaient à visiter ce lieu mythique qui a été restauré récemment pour devenir un musée. L’édifice, qui a abrité, un certain temps, la direction de la culture de la wilaya, accueille, désormais, des activités liées à ce domaine dont des expositions de peinture et de sculpture et même d’artisanat.

Il faut dire que sa construction en pierres, le style de son aménagement sous forme de voute et la variété de ses pièces font de lui un lieu propice de la connaissance de l’histoire locale dans toute sa variété. Il est, faut-il le rappeler, l’icône de la ville comme le prouve l’utilisation de son image pour représenter la région.

Quant aux Mokrani — ils sont deux en fait, Hadj Mohamed et son frère Boumezrag, qui a poursuivi le combat après sa mort au champ d’honneur— ils effectuaient des allées et venues entre Medjana et la Kalaâ des Béni Abbas, implantée dans la wilaya de Béjaia.Celle-ci était d’ailleurs leur résidence principale avant la révolution.

C’est là qu’ils avaient leurs habitudes et entretenaient leurs familles. Durant la résistance, aucun lieu ne leur était inconnu, même pas le Sahara, où le premier a été tué et le second capturé quelques années plus tard. Le destin a voulu que son frère, Boumezrag en l’occurrence, se rende dans un lieu très lointain. Il a été déporté, en effet, en Nouvelle Calédonie où il est resté jusqu’à sa mort. F.D

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