jeudi 8 juin 2023

La bataille politico-diplomatique pour l’indépendance de l’Algérie de Mohand-Tahar Zeggagh Les premiers diplomates militants de l’Algérie

Mohand-Tahar Zeggagh a été détenu politique FLN en France de 1957 à 1962, membre de la Zone autonome d’Alger en lutte contre l’OAS en 1962. à l’indépendance, il est conseiller au bureau politique du FLN (1963-1965) sous la direction de Hadj Benalla, avant d’être diplômé de l’Institut en sciences sociales de Moscou (1969-1972) et de décrocher un doctorat d’université en sociologie à la Sorbonne en 1977. Mohand-Tahar Zeggagh a été également président du Mouloudia club d’Alger (1963-1965).


Comment la révolution algérienne a-t-elle gagné la bataille diplomatique à l’ONU ? Comment la diplomatie a-t-elle influencé l’opinion des sociétés civiles des pays d’Europe et comment a-t-elle suscité la solidarité de l’URSS, des pays de l’Est, de la Chine, d’Amérique latine et des pays afro-asiatiques ? Ce livre se veut un hommage aux diplomates algériens qui ont su porter et défendre la cause algérienne sur la scène internationale, avant et après l’indépendance.

«Mon intérêt pour le rôle de la diplomatie algérienne remonte à ma détention en France de 1957 à 1962 en tant que militant du FLN. Les six mille prisonniers FLN en France déclenchèrent des grèves de la faim en juin-juillet 1959, pour obtenir le régime politique qui devait nous doter d’un statut carcéral différent de celui des ‘‘droits communs’’. A l’aide des radio-transistors obtenus à la suite d’une nouvelle grève de la faim, mes camarades prisonniers et moi avons pu suivre collectivement, depuis la prison de Loos (Lille), le déroulement et les commentaires relatifs aux progrès des difficiles négociations de 1961-1962 entre le gouvernement français et le FLN.»

Pour l’ancien détenu politique, il est important d’apporter son témoignage sur cette génération de diplomates aguerris.
«Ce corps diplomatique au savoir-faire et au potentiel intellectuel incontestables a assumé de multiples fonctions avant et après l’indépendance (...) Tous ces représentants-diplomates du FLN-GPRA dévoilaient aux yeux du monde les méfaits du colonialisme et légitimaient de manière pérenne notre lutte pour la liberté et l’indépendance.»

Un chapitre est consacré à une présentation succincte des militants diplomates, par ordre alphabétique : Cheikh Abbas, Hocine Aït Ahmed, Ameziane Aït Ahcène, Messaoud Aït Chalal, Lamine Bechichi...
Mohand-Tahar Zeggagh écrit : «L’action diplomatique déployée par les instances du FLN, particulièrement lors des réunions préparatoires et pendant la conférence de Bandung tenue en avril 1955, puis par le GPRA, avait déjà impulsé de grandes initiatives auprès des sociétés civiles en Europe, dans les pays arabes, en Afrique, en Asie (...) Il fallait aussi sensibiliser l’opinion internationale sur la question de la torture systématisée et de la disparition d’Algériens par milliers (...) En France, dès 1956-57, les avocats français et algériens dénonçaient avec constance cette honteuse pratique. Ils étaient relayés et appuyés par des historiens de renom comme Pierre Vidal-Naquet qui consacra plusieurs livres à cette question...».

Dans un chapitre titré «Attentats et menaces de la Main rouge sur les diplomates du GPRA et les avocats du FLN», il note : «La Main rouge, organisation clandestine, bras criminel des services spéciaux français pendant la guerre d’Algérie, opérait de manière secrète à la lisière de la légalité, principalement en ciblant les dirigeants actifs du FLN ainsi que leurs soutiens aussi bien en France qu’en Europe et en Afrique. Les agents de l’ombre de la Main rouge commirent des dizaines de meurtres, sous forme d’assassinats et d’attentats aux explosifs divers, selon des techniques classiques et sophistiquées...»

Dans son ouvrage, l’auteur évoque également la formation du premier ministère des Affaires étrangères en 1962. «Au lendemain de l’indépendance proclamée officiellement le 3 juillet 1962, suivie quelques semaines après par les premières élections législatives, puis par la formation du premier gouvernement présidé par Ahmed Ben Bella en septembre 1962, Mohamed Khemisti fut nommé ministre des Affaires étrangères à l’âge de 32 ans (...) Parmi les difficultés de toutes sortes dont le pays avait hérité, figuraient l’absence criante de moyens financiers et la destruction de milliers de dossiers qui étaient très gênante pour tous les ministères et pour moi-même en tant que commissaire de police d’Alger-Centre (...) il fallait aussi faire reconnaître désormais auprès de tous les états du monde la réelle continuité des activités des anciens représentants-diplomates, désignés à l’époque du GPRA, en les faisant reconnaître officiellement par le nouveau gouvernement de l’Algérie indépendante : la République algérienne démocratique et populaire (RADP). Simultanément à l’exercice de la souveraineté pleine et entière, malgré les effets contrariants de ‘’l’été de la discorde’’ entre les dirigeants historiques, on devait veiller à l’application stricte des accords d’Evian, au mieux des intérêts économiques et politiques de l’Algérie et de sa sécurité nationale.»
Cet ouvrage rend hommage aux diplomates algériens et à leur patriotisme. S.N

La bataille politico-diplomatique pour l’indépendance de l’Algérie. Mohand-Tahar Zeggagh. éditions Anep. 236 p. 2023.

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