C’est à des pages riches et vivantes, aussi vivantes que peuvent l’être les aventures, les turbulences et surtout les élucubrations de personnages truculents qui peuplent la chronique bigarrée d’un quartier d’Alger, que nous invite Arezki Metref dans son dernier roman «Les Gens du Peuplier».
Dans la même veine, mais en moins compacte que la précédente œuvre du même auteur, «Rue de la nuit», «Les gens du Peuplier» restitue, avec le style ici percutant, là gorgé d’humour, souvent les deux à la fois, que l’on connaît à l’auteur, la trépidante vie dans un quartier populaire. Lors de l’avant puis de l’après-indépendance, avec les questionnements existentiels qui vont avec, dans la tête d’un enfant puis de l’adolescent, sous le rétroviseur puis sous un projecteur d’un quasi reporter, on fait la connaissance d’un panel de personnages tous plus attachants les uns que les autres. Boubekeur Atamar, qui se transformera plus tard sous les lampions du succès hollywoodien en Bob Atmar, servira de guide au lecteur pour lui présenter, tour à tour, Aicha qui à elle seule mériterait plusieurs romans, Omar, Zampano, Levraq, Rougi, Col Mao, Jam et tant d’autres voisins et amis d’enfance qui ont pour point commun une vie fantasmée, soit en l’inventant pour les uns, soit en l’écoutant pour leurs ouailles, ce qui aboutit au même résultat d’un désir plus ou moins refoulé de fuite, pas toujours en avant. Ce sont des personnages, dont l’existence réelle pourrait ne pas être que «pure coïncidence» selon la formule consacrée dans les génériques et les avant-propos, qui, à défaut de vivre leur vie, s’en inventent une plus attirante, plus flamboyante, plus héroïque parfois. Les oreilles attentives d’un auditoire suspendu aux lèvres des affabulateurs ne font qu’accentuer la créativité des conteurs en servant de catalyseur à leurs échappées dans la fiction, loin de l’existence à la cité des Peupliers qui aurait été très morne sans cette même inventivité.
Le lecteur est également attiré par l’auteur-narrateur à une promenade dans la cité récemment sortie de terre, à la fois dans le temps et dans l’espace, dans la boucherie de Bouftika, dans la maison, passée et présente, de Aicha, dans l’école du Peuplier mais surtout dans le stade, évidemment bosselé comme le sont les règles très élastiques des matchs de quartier, sous le regard anachronique de Col Mao, supporter assidu et mystérieux. Ainsi, on côtoie, dans une succession de portraits brossés avec la précision d’un peintre miniaturiste, mais aussi enlumineur, des personnages qui, pour inventés de toutes pièces, parce que s’inventant eux-mêmes, décrits moins dans leur apparence que dans ce qui leur sert de véritable socle, leurs paroles, n’en sont pas moins des acteurs plausibles qui, s’ils n’ont réellement existé, l’auraient pu. Annoncé par touches successives, l’épisode hollywoodien aurait pu, aux bras d’une star internationale, emmener et aspirer Atamar transmué en Atmar dans le tourbillon de la célébrité mondiale et dans l’univers sonnant et trébuchant de la fortune, mais il n’en fut rien. L’appel du quartier du Peuplier, tel un aimant, est plus fort et ce ne sont pas les embûches mises sur le déplacement de sa compagne, star vulnérable comme toutes les vedettes du showbiz, qui, après une halte à Paris, autre escale dans le rétroviseur, vont empêcher la reconnaissance du ventre. Mais le personnage du Peuplier à qui il voulait, en signe de gratitude, remettre l’oscar de scénariste, lui posera un lapin.
Tout le roman embarque le lecteur, dans le style de parfaite maîtrise d’écriture par laquelle se distingue Arezki Metref, dans un toboggan sans cesse reconstruit d’aventures vues à travers un trou de serrure. Si l’indiscrétion est pour le commun des mortels un vilain défaut, pour un écrivain c’est une valorisante qualité. Des trous de serrure qui donnent sur une vue aussi panoramique que celle du roman «Les Gens du Peuplier», on en redemande. Surtout lorsque le guide se confond avec la plume de Metref. N.S.
A lire...

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