lundi 28 août 2023

Poignant témoignage d’une Française à la retraite «Mon père était tortionnaire en Algérie»

Assistante sociale à la retraite, Isabelle Vaha a décidé de soulager sa conscience et se défaire d’un sentiment de culpabilité.


Combien sont-ils qui, comme Isabelle Vaha, sont témoins directs ou indirects des atrocités commises par l'armée coloniale en Algérie? Des centaines, des milliers ou peut-être même des dizaines de milliers...Assistante sociale à la retraite, Isabelle Vaha a décidé de soulager sa conscience après quarante années de silence pesant sur ce qu'elle a vécu et sur les actes commis par son père pendant la guerre d'Algérie. «Mon père était membre d'Ordre nouveau, un mouvement identitaire d'extrême droite. 

Combien de fois ai-je entendu mes parents dire que l'Algérie serait plus belle sans les ratons, les bougnouls?», déclare-t-elle sur Le Parisien Week-End, indignée par le comportement de son géniteur, un légionnaire originaire de Tchécoslovaquie. Isabelle, alors fillette de 8 ans restée seule à la maison, ouvre une boîte et y trouve des photos. Elle tombe sur une série de clichés pris en Algérie. «Il y avait des cadavres, des corps mutilés, des scènes de tortures... Et mon père, qui posait l'air triomphant au milieu de toute cette horreur.» Cette «macabre» découverte choque la petite fillette. 

«On le voyait fier et satisfait, à côté de têtes coupées alignées sur un muret, sans doute celles de fellagas, des combattants partisans de l'Algérie indépendante», confie cette femme de 66 ans, avant de se livrer à des témoignages poignants: «J'ai beaucoup pleuré. J'étais assommée, percutée par l'émotion. J'ai vite rangé la boîte en entendant mes parents rentrer.» «Je suis restée avec mes questions, sans oser leur parler. Je n'avais pas les outils pour faire face», raconte-t-elle Elle ajoute: «J'ai longtemps eu l'impression que les crimes de mon père se voyaient sur moi. Le pire, c'est qu'il a été décoré de la Légion d'honneur!». 

Durant la guerre d'Algérie, 1954-1962, l'armée coloniale a recouru de façon systématique à la torture contre les personnes suspectées de soutenir la cause du FLN. En 2000, le sujet revient au-devant de la scène médiatique par des témoignages, de différents acteurs. Le 20 juin 2000, Le Monde publie le témoignage de Louisette Ighilahriz, militante du FLN alors âgée de vingt ans, capturée par l'armée française en 1957, torturée et violée pendant trois mois à l'état-major de la 10e division parachutiste à Alger. L'article a eu l'effet d'une bombe et les langues se sont déliées pour amorcer un débat serein sur la question mémorielle. Depuis, beaucoup d'encre a coulé sous les ponts et des avancées notables ont été constatées quant à cette question restée taboue depuis 1962, date de l'indépendance de l'Algérie. B.T.

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