vendredi 15 septembre 2023

Le surréalisme a été bien plus qu’une simple forme d’art pour Baya Mahieddine. En effet, cette artiste l’a non seulement pratiqué avec talent, mais elle l’a également vécu intensément.


Son expérience hors norme a forgé sa vision artistique, l’amenant à transcender les frontières de l’ordinaire et à atteindre une universalité qui perdure dans le temps. C’est ainsi que le surréalisme est devenu pour Baya une voie vers l’immortalité, où son vécu singulier se mêle à l’expression artistique pour créer une œuvre d’une profondeur exceptionnelle.

Baya... de son vrai nom Fatma Haddad est née le 12 décembre 1931 à Fort-de-l’Eau aux environs d’Alger. Orpheline dès l’âge de 5 ans, la fillette est recueillie et élevée par sa grand-mère, qui travaille dans une ferme horticole. Déjà artiste dans l’âme, Baya dessine et réalise des modelages en terre cuite. Ses œuvres attirent l’attention de la sœur de la propriétaire de la ferme, Marguerite Caminat. Dans un premier temps, Marguerite emploie la petite Baya, alors âgée de onze ans, comme domestique, puis devient progressivement sa protectrice. Peintre elle-même, elle apprend à l’enfant à lire et à écrire et l’encourage à développer ses talents artistiques en lui fournissant le matériel nécessaire pour peindre et modeler. Baya puise dans une vaste imagination pour réaliser des figures féminines, des oiseaux, des paysages, peints en couleurs vives avec des dominantes de rose, de bleu, d’orange. Son art, considéré comme appartenant au mouvement de l’art naïf, est intime et avec des lignes épurées. Convaincue du talent de sa fille adoptive, Marguerite utilise ses relations dans le monde artistique et culturel pour diffuser ses œuvres. Elle en présente ainsi à son ami le sculpteur Jean Peyrissac, qui les montre à son tour à l’artiste, mécène et galeriste Aimé Maeght. Ce dernier décide alors d’organiser une exposition des œuvres de Baya dans sa galerie parisienne. Le catalogue de l’exposition est préfacé par l’écrivain André Breton, qui écrit : « Je parle, non comme tant d’autres pour déplorer une fin mais pour promouvoir un début et sur ce début Baya est reine. 

Le début d’un âge d’émancipation et de concorde, en rupture radicale avec le précédent et dont un des principaux leviers est pour l’homme l’imprégnation systématique, toujours plus grande, de la nature ». Âgée de seize ans, Baya se rend à Paris pour l’exposition qui connaît un grand succès, le magazine Vogue, notamment, consacre un article à la jeune artiste. À Paris, Baya rencontre de nombreux artistes, dont le peintre Georges Braque. Pendant son séjour en France, elle passe également quelque temps à réaliser des modelages au sein de l’atelier Madoura, à Vallauris dans le sud de la France, où elle côtoie Picasso, qui se montre impressionné et intéressé par son art. En 1953, Baya épouse le musicien El Hadj Mahfoud Mahieddine, de près de 30 ans son aîné. Ce mariage marque son retrait de la vie publique et une longue pause dans sa carrière artistique et professionnelle. Pendant les dix années qui suivent, elle se retire au sein de la sphère domestique et se consacre à l’éducation des six enfants auxquels elle donne naissance. Après l’indépendance, en 1963, des amis de Baya l’incitent à se remettre au travail et le musée des Beaux-Arts d’Alger fait l’acquisition de certaines de ses œuvres. L’artiste reprend ses pinceaux, et ne les quittera plus jusqu’à sa mort. Elle élargit le format de ses toiles et ajoute à ses figures féminines, fleurs et oiseaux, des objets du quotidien tels que des instruments de musique, des fruits, des meubles. Baya expose à nouveau, lors de l’exposition Peintres algériens en 1963 à Alger, l’année suivante à Paris puis régulièrement en France, notamment à Marseille, en Belgique et dans le monde arabe.

Appréciée et reconnue pour son art, elle y présente des anciens travaux et des nouveaux. Baya décède à l’âge de soixante-six ans, en novembre 1998. S.O.

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