L'activité théâtrale en Algérie a une histoire, elle est le résultat de nombreuses contributions de dramaturges, de sociologues algériens qui se sont acharnés, chacun dans un genre particulier, à créer, mettre en scène, interpréter, divertir sur des questions fondamentales de la vie de nombreuses générations d'Algériens.
Le 5 juillet 2013, le théâtre régional de Saïda a été baptisé du nom du défunt Sirat Boumediène à l’occasion du 51e anniversaire de la fête de l’indépendance.
La salle est composée d’un orchestre de 375 sièges et d’un balcon de 150 sièges, soit un total de 525 sièges, des loges, des balcons, une salle.
La mission du théâtre est d’organiser et produire des spectacles ou manifestations culturelles et artistiques destinés à un large public et œuvre à la connaissance du patrimoine culturel national et universel, présenter des pièces théâtrales locales et spectacles étrangers, contribuer à la promotion des arts dramatiques destinés à l’enfant, participer à l’émergence des jeunes talents par l’encouragement de la création dans le domaine des arts dramatiques.
Au départ, le théâtre de Saïda était un théâtre engagé dont la fonction est la conscientisation sur le socialisme ou la révolution agraire. Les thèmes abordés à l’époque sont l'exode rural et l’émigration. La totalité des pièces gravitent autour du thème du prolétariat et des conditions des ouvriers pendant les années 1970-80. Les fonctions des personnages étaient systématiques, récurrentes, voire identiques. Ils cristallisent le discours de l’idéologie socialiste dominante alors. En effet, les personnages étaient choisis en fonction de la conjoncture et se voyaient confrontés les uns aux autres.
L’histoire du théâtre à Saïda est fortement associée à la troupe Proletkult, qui a joué un rôle crucial dans le développement et la promotion des arts de la scène dans cette ville.
La troupe Proletkult de Saïda, comme son nom l'indique, nous renvoie à la troupe Prolet-Koult en Russie. Elle est née à la fin des années 1960. Elle a participé pour la première fois au festival d’art dramatique à Mostaganem en 1970 avec la pièce intitulée : À qui la faute ?
La pratique du 4e art en Algérie dans les différentes sphères du pays était identique et répondait aux exigences sociales, elle s’inspirait beaucoup du théâtre européen et partageait la même vision quant au rôle social du théâtre. Cette pratique consiste en l’utilisation du théâtre par les organisations politiques, sociales et culturelles et des intellectuels, comme moyen d’éducation et de conscientisation du peuple pour la réappropriation du patrimoine culturel et des valeurs nationales.
Dans la plateforme du séminaire des amateurs de théâtre de Saida, 1973, l’objectif essentiel pour l’activité théâtrale, a été formulé.
« Les responsables des troupes amateurs du théâtre ayant participé au séminaire de Saïda, ont été unanimes pour définir le théâtre amateur comme étant l’expression démocratique d’une jeunesse consciente des problèmes qui se posent à tous les niveaux, et qui participent par le truchement de l’expression théâtrale à l’étude de certains aspects de ces problèmes après une analyse scientifique. »
Compte tenu de ces données, il semble nécessaire de se prononcer d’emblée pour un théâtre dont le rôle essentiel participe à l’éducation des masses, d’affermir la fonction sociale du théâtre dans sa qualité d’instrument utile au développement de la société, de fournir et de vulgariser un cadre d’expression culturelle, diffuseur des idées généreuses de liberté, de justice, d’égalité, d’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme et de toutes les valeurs humanistes et nobles, nationales et universelles.
Les comédiens du Proletkult étaient des lycéens, des universitaires, des enseignants et des ouvriers qui épousaient avec beaucoup d’enthousiasme les causes prolétaires. Leur jeu n’avait rien à envier au théâtre professionnel, car ils étaient immédiatement liés à la réalité sociale. Ils étaient issus de cette classe, ce qui leur a facilité un peu la tâche. À cet égard, le défunt Athmani Mokhtar, l’un des grands animateurs de ce théâtre, dira dans un entretien sur le théâtre amateur, en 1971, que «les ouvriers n’ont aucune difficulté à jouer des rôles d’ouvriers : ils parlent comme les ouvriers, se tiennent et marchent comme les ouvriers, ils savent comment un ouvrier fatigué s’assied sur une chaise et comment il allume une cigarette».
La troupe de Saïda contribue à la consolidation des droits de l’homme et à l'amélioration des conditions de vie et de travail des couches socialement pauvres et démunies.
Sur le plan thématique, la réalité sociale, économique, culturelle, politique nationale et internationale, fournissait un éventail très large pour concevoir les contenus.
Les Proletkult de Saïda ont restructuré le festival amateur, avec bien entendu l’apport des amateurs de Sidi Bel-Abbès, de Boumerdès, d’Oran, de Mostaganem, de Tiaret, après des années de vaches maigres. Mais l’engouement des troupes a été toujours plus fort. Dire que dès le début, on a failli le délocaliser vers Alger ! Puis avec le temps, les planches de Mostaganem sont devenues un passage prisé et obligé. En dépit de quelques ratés mémorables, il trouvera toujours un ultime souffle d’orgueil pour le pousser vers l’avant. Parce qu’il reste après tout une simple et attrayante aventure humaine. S. M. N

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire